Les puissances émergentes, très actives dans la conquête de l’océan et de l’espace, sont-elles les Grands de demain dans une future guerre froide ?
Les titres des parties et les éléments de méthode apparents sont là pour te guider, tu n’as pas besoin de les préciser lors de l’oral.
Amorce
Le récent déploiement de lance-roquettes équipés de missiles balistiques près de territoires revendiqués par l’Inde par la République populaire de Chine vient illustrer la nouvelle place des puissances émergentes dans l’ordre géopolitique mondial.
Explication des termes du sujet
La séparation du monde en deux blocs pendant la Guerre Froide faisant suite à la Seconde Guerre Mondiale se complexifie rapidement par la montée en puissance des pays dits « en voie de développement » que l’on connaît de nos jours sous le terme de BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. Ces pays prennent en effet un poids de plus en plus important sur la scène mondiale, en matière d’enjeux démographique, économique mais aussi politique et militaire. On parle de « puissance émergente » qui peuvent imposer leur volonté à l’extérieur de leurs frontières en revendiquant leur souveraineté et bouleversent les relations internationales traditionnelles en participant de manière croissante aux échanges commerciaux dans le cadre de la mondialisation.
Définition des enjeux
Ces pays ont comme point commun d’être appelé à compter de plus en plus dans l’économie mondiale et cherchent à être impliqués dans la gouvernance internationale, en prenant entre autres une part active à la conquête de l’océan et de l’espace. La conquête d’un espace correspond au processus d’appropriation effectué par un individu, une société ou un État : cette démarche géopolitique nécessite une action militaire et se manifeste par une occupation et une domination territoriale.
Problématique
Dès lors, cette volonté de conquête fait-elle des puissances émergentes les futurs Grands d’une nouvelle guerre froide ?
Annonce du plan
Nous verrons dans une première partie quels sont les enjeux liés à ces espaces puis dans un second temps le rôle qu’y jouent les puissances émergentes et qui fait d’elles de potentielles superpuissances.
Présentation du premier argument
La capacité à se déployer sur les océans et dans l’espace, à travers les bases spatiales, est à la fois une manifestation et un instrument de la puissance d’un État qui y trouve des perspectives d’extension de l’action humaine. Ces deux espaces immenses apparaissent comme des nouvelles frontières dont l’exploration reste encore à faire et où chacun peut alors faire preuve de sa puissance.
L’océan est perçu comme un réservoir de richesses, halieutiques et énergétiques, et comme un outil de pouvoir avec l’enjeu du contrôle des Zones Économiques Exclusives mises en place par la convention de Montego Bay de 1982 et le monopole des routes maritimes. L’océan occupant 70 % de la surface de la Terre, les activités économiques et stratégiques liées à son contrôle connaissent une expansion majeure et entraînent de nombreuses perspectives de développement. En effet, l’espace océanique est difficilement délimitable ce qui pose problème en terme de politique de gestion et de contrôle des frontières par les États. Si l’action brésilienne se limite à l’heure actuelle au contrôle de sa ZEE, la Russie réaffirme sa présence sur et sous les mers comme au large de la Syrie ou dans l’océan Arctique tandis que la Chine modernise sa capacité de projection grâce à un programme de construction de porte-avions.
L’espace fait partie du « patrimoine commun de l’humanité » selon le Traité international de 1967 : si toute appropriation par les États est interdite, la course à l’espace entre les États-Unis et l’URSS, caractérisée par la mission Apollo 11 de 1969 où pour la première fois des hommes se sont posés sur la Lune, montre qu’il reste un terrain d’expression des rivalités. L’espace est un lieu de conquête particulier car les premières bases de son exploration ont été mises en place par les deux Grands de la seconde moitié du XXe siècle qu’étaient l’URSS et les États-Unis. L’URSS lance le coup d’envoi de la conquête avec la mise en orbite du satellite Spoutnik 1 en 1957, puis celle du premier homme dans l’espace, Youri Gagarine, en 1961 : les États-Unis, créent quant à eux la NASA en 1958. De nos jours la conquête spatiale reste synonyme de prestige et de développement pour les puissances émergentes qui peuvent alors mettre en avant leurs avancées technologiques : la Chine est particulièrement présente dans ce domaine, ayant profité de la Guerre froide pour entrer dans la course à l’espace et développer son programme spatial, dès les années 1960. Elle prévoit aujourd’hui de mettre en orbite sa propre station spatiale et d’envoyer des taïkonautes sur la Lune, ce à quoi répondent les États-Unis avec le projet Artémis afin de devancer les progrès chinois.
Annonce du deuxième argument
La conquête de ces nouveaux territoires que sont l’océan et l’espace est une manière pour les pays émergents de défier la puissance des « Grands ».
La « course à la mer » polarise aujourd’hui, au même titre que la course à l’espace il y a quelques années, les conflits. La conquête de l’espace passe notamment par une militarisation des océans, encore largement dominée par les États-Unis malgré l’émergence de nouvelles puissances maritimes et nucléaires, acteurs géostratégiques des mers et des océans qui agissent à différentes échelles. Parmi ces nouvelles puissances : on compte notamment la Chine. Le fort développement chinois depuis les années 1980 s’appuie sur les échanges avec les économies capitalistes de l’Asie-Pacifique et les réseaux océaniques des Chinois de la diaspora, ce qui explique une nouvelle géopolitique chinoise donnant la priorité aux mers de l’Asie orientale et ses prolongements dans l’océan Indien. La Chine ne cache pas sa volonté de devenir une « grande puissance maritime » capable de projeter ses forces sur les autres océans du globe. La Chine est concurrencée par ses voisins comme l’Inde : New Delhi aspire à être « la puissance navale dominante » de l’océan Indien dans sa zone d’intérêts qui s’étend du golfe Persique au détroit de Malacca. La puissance des pays émergents s’exprime sur l’Océan par la constitution de flotte de guerre basée sur la dissuasion nucléaire : parmi les 6 États disposant de sous-marins nucléaires on retrouve la Russie, la Chine et l’Inde.
Le contrôle de la mer par une flotte organisée apparaît désormais comme essentiel pour revendiquer une place parmi les grandes puissances du globe : le plan de réarmement enclenché par les États-Unis pour contrer le fort développement de la marine chinoise, qui possède 60 bâtiments de plus que l’US Navy, prouve qu’il existe des tensions et que les Grands actuels peuvent se sentir menacés par les puissances émergentes.
Lancée dans une véritable « guerre technologique » de la conquête globale de l’espace, la Chine apparaît également comme une puissance spatiale majeure aux côtés des États-Unis tandis que la Russie, pourtant pionnière dans ce domaine, n’est plus considérée aujourd’hui que comme une « puissance secondaire ». A l’exploration de l’espace s’ajoute des possibilités d’exploitation économique et militaire, avec le développement de satellites spécialisés : en février 2021, la Chine a lancé trois satellites dédiés à la surveillance des océans. Après avoir mis en orbite le premier satellite artificiel Dong Fang Hong en 1970, elle publie en 2000 un « livre blanc » dans lequel elle dévoile son ambition de développement spatial pour les années à venir. Le premier homme chinois est envoyé dans l'Espace en 2003 et en 2019 et les missions lunaires se révèlent être des succès scientifiques : la Chine cherche de nos jours à construire des bases spatiales habitables et est présente dans la course pour Mars.
La concurrence entre les différents pays dans la conquête de l’espace n’empêche pas une forme de coopération comme ce fut le cas par exemple avec la première station orbitale Mir créée en 1985 par les Soviétiques et qui associe Américains, Russes, Européens, Japonais et Canadiens.
Bilan
Nous avons vu que la conquête de l’océan et de l’espace invite à redéfinir les rapports traditionnels entre la puissance des pays dits « développés » et les puissances émergentes, notamment depuis les années 1950. La mondialisation suscite l’émergence de nouveaux flux et marchés qui génère une redistribution des cartes au niveau géopolitique. Le terme de « Grands de demain » semble s’appliquer en particulier à la Chine qui connaît une croissance fulgurante sur la scène internationale et s’investit dans les différents enjeux contemporains : on peut souligner qu’elle fait partie, avec la Russie, des 5 membres permanents de l’Organisation des Nations Unies et dispose alors d’un droit de veto sur les grandes décisions mondiales.
Ouverture
Ainsi, si pendant la Guerre Froide, la vitrine de la puissance était la conquête spatiale, il s’y ajoute de nos jours la conquête des océans, nouveau levier de puissance à l’échelle mondiale où la gouvernance reste aussi à mettre en place et qui apparaît dès lors comme un potentiel lieu de rivalités d’une future Guerre Froide dans laquelle, les puissances émergentes, et notamment la Chine pourraient très certainement sortir vainqueurs.
2e partie du Grand Oral :
approfondir, reformuler, répondre à une objection (10 min)
Les questions du jury et les réponses apportées sont des suggestions. Nous te conseillons de t’inspirer de la démarche et de la méthode pour le jour J, il n’est pas intéressant de les apprendre par cœur. En ce qui concerne les questions portant sur le projet d’études et professionnel, réfléchis-y en amont, tu auras forcément une question dessus !
Quels autres pays peuvent être cités de nos jours comme « puissance émergente » ? Pourquoi ?
Les pays ayant l’arme nucléaire comme Israël ou ceux connaissant une forte croissance comme l’Indonésie.
Peut-on encore parler de pays en développement pour qualifier ces pays ?
Le terme de BRICS n’est plus exact de nos jours car le développement de la Chine, qui connaît l’une des plus fortes croissances économiques au monde n’est pas comparable à celui des autres pays bien que l’Inde possède l’arme nucléaire et que le Brésil soit de plus en plus présent sur le marché mondial. Néanmoins le principal critère qui fait que ces pays restent émergents est leur PIB par habitants, trop faible par rapport aux pays développé. On utilise pourles qualifier le terme de « superpuissance émergente ».
Quels sont les enjeux communs entre la Guerre Froide du XXe siècle et une future Guerre Froide ?
L’armement nucléaire, la mise en place d’un nouvel ordre mondial, la course aux avancées technologiques et scientifiques et l’opposition de la doctrine communiste au capitalisme avec la République Populaire de Chine ou encore la Corée du Nord.
3e partie du Grand Oral :
Projet d’étude et avenir professionnel (5 min)
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre projet professionnel / d’études ? En quoi peut-il être mis en lien avec les aspects géopolitiques actuels ?
Nous te conseillons de réfléchir à une réponse à ce type de questions, tu en auras forcément une !