« Cens caché » : tous égaux face à l’engagement politique ?
Les titres des parties et les éléments de méthode apparents sont là pour te guider, tu n’as pas besoin de les préciser lors de l’oral.
Amorce
« La plupart de nos citoyens n’ont ni l’instruction ni le besoin de s’occuper des affaires politiques ». Par ces mots l’Abbé Sieyès dans Qu’est-ce que le tiers État ? rappelle le débat sur la question des représentants du peuple au sein des démocraties représentatives qui faisait couler beaucoup d’encre au XVIIIème siècle. A la suite de la révolution française de 1791 la question de la participation de chaque citoyen à la vie politique se pose en rupture avec le fonctionnement du régime monarchique jusqu’alors en place. Dans Qu’est-ce que le tiers État, l’Abbé Sieyès décrit un peuple dont une partie est incapable de prendre les bonnes décisions en matière politique, ce qui suppose de faire un choix entre qui peut voter et qui ne le peut pas. Cette logique va à l’encontre des principes défendus lors de la Révolution Française qui réclamait le droit de vote universel. C’est cependant la réalité de l’époque : le suffrage censitaire est toujours d’actualité en 1791, la révolution n’ayant pas réussi à supprimer ce lègue du régime monarchique.
Pertinence du sujet.
Le suffrage censitaire représente le mode de fonctionnement électoral dans lequel les électeurs sont contraints de payer un « cens », (qui peut s’apparenter à une taxe) d’un certain montant pour avoir le droit de voter, sans quoi ils ne peuvent pas participer à la vie politique. Ce montant devait assurer une certaine participation à l’économie du pays et donc témoignait d’un réel intérêt vis-à-vis de la personne élue. Les individus qui pouvaient payer cette somme étaient les citoyens les plus riches et donc les plus investis dans la vie économique du pays, par conséquent ils avaient intérêt à voter pour la personne la plus compétente pour diriger le pays et l’économie. Ils lui faisaient confiance et considéraient qu’elle serait en mesure de gouverner en vue de faire prospérer économiquement le pays et de gérer correctement l’argent qu’ils lui avaient versé à travers le cens. Au sein de nos sociétés modernes et démocratiques régies par les principes d’égalité et de liberté, le cens économique a progressivement disparu. Il semble cependant avoir été remplacé par un « cens caché »
Problématique
Sommes-nous pour autant devenus égaux en terme d’engagement politique et de participation électorale ? La réponse n’est pas si évidente, le cens économique, semble avoir été remplacé aujourd’hui par un cens plus implicite, caché, reposant non plus sur la dotation en capital économique, mais sur la dotation en capital culturel.
Définition des termes
La notion de « cens caché » est une notion définie par Daniel GAXIE dans son ouvrage Le sens caché : Inégalités culturelles et ségrégation politique (1978). Elle revêt selon l’auteur le même sens que la notion de « cens économique » mais en jouant sur la pression sociale que représente l’engagement politique et en rendant illégitimes les comportements des individus non dotés en capital culturel : au même titre que dans l’ancien régime, les individus n’ayant pas les moyens de payer le cens économique n’avaient pas leur mot à dire dans la vie politique, selon l’idée de cens caché, ce sont les individus faiblement dotés en capital culturel dont on ne va pas considérer l’opinion.
Restriction du cadre du sujet.
On peut définir l’engagement politique comme l’implication durable d’un individu dans des actions défendant une cause collective et qui peut prendre la forme du vote, d’une consommation engagée, du militantisme au sein d’un syndicat, d’un parti ou d’un mouvement… La référence à Daniel GAXIE nous conduit à délimiter notre développement à l’engagement politique par le vote dans le cadre d’une élection. Nous nous interrogerons également sur les questions d’abstention et de participation aux élections.
Annonce du plan
Afin d’éclaircir le concept de « cens caché » et de questionner la notion d’égalité face à l’engagement politique dans nos sociétés modernes et démocratiques nous étudierons d’abord les dispositifs mis en place par la société démocratique dans laquelle nous vivons pour instaurer une égalité devant l’engagement politique (I). Ensuite, nous montrerons que cette égalité face au vote n’est pas respectée et que selon la dotation en capital culturel, économique et social les individus ont des comportements tout à fait inégaux en termes d’engagement politique (II). Enfin nous verrons que cette inégalité est profonde et s’étend au choix de vote lui-même ainsi qu’au choix des partis soutenus (III).
I. La société démocratique dans laquelle nous vivons essaye de mettre en place des dispositifs pour viser une égalité devant l’engagement politique
La démocratie est aujourd’hui le régime politique le plus répandu dans le monde et il permet de préserver des principes maintenant considérés comme essentiels et primaires tels que les principes d’égalité et de liberté. Dès la genèse de ce type de régime, à savoir la Grèce antique, la démocratie était basée sur l’égalité de tous les citoyens. Dans la démocratie athénienne le système électoral était basé sur un tirage au sort afin de déterminer les électeurs. Le principe démocratique énoncé par l’ancien président des États-Unis Abraham LINCOLN selon lequel la démocratie est le gouvernement « du peuple, par le peuple et pour le peuple » trouve ainsi un réel fondement dans le régime athénien. La démocratie se dote par conséquent de dispositifs permettant de se rapprocher au maximum de cette égalité, tel que l’isoloir. L’isoloir est un lieu fermé dont le but est de supprimer tout regard extérieur et toute pression sociale sur l’individu qui vote. Son utilisation se répand à la suite de la seconde guerre mondiale. Il s’agit d’un des éléments démocratique qui tend vers l’égalisation la situation de chacun face à l’engagement politique.
Aujourd’hui encore la démocratie a pour but de conserver une égalité entre les individus peu importe leurs différences économiques, sociales ou culturelles. Au Danemark et en Allemagne le système électoral dans les années 1970 était celui du tirage au sort athénien. A la suite du tirage se formait un « jury des citoyens » qui pouvaient alors débattre et délibérer sur un enjeu particulier.
B. Les citoyens sont tous égaux face à l’engagement politique grâce à l’égalité dans la prise de parole
Le premier outil permettant d’établir le débat est la parole. Elle est centrale à tout système politique qui soit. L’accès à la parole représente ainsi un enjeu dans l’objectif d’atteindre une égalité de tous les citoyens vis-à-vis de l’engagement politique puisque la première manière de s’engager est de parler. Dans nos sociétés dans lesquelles la parole et la discussion sont libres, se pose la question de la participation de chaque citoyen à la vie politique.
Jürgen HABERMAS théorise la notion d’ « espace public » pour caractériser ces « espaces intermédiaires entre les espaces privés et les espaces de pouvoirs » dans lesquels ce ne sont plus les gouvernants légitimes et élus qui parlent pour prendre des décisions, mais les « simples » citoyens qui discutent et qui prennent la parole dans un café, une église ou dans la rue pour aborder des problèmes sociopolitiques ou économiques. Implicitement le lieu de débat change et la parole passe du dominant au dominé, du gouvernant au gouverné. Cette évolution dans la prise de parole politique constitue un pas de plus vers l’égalité. Les démocraties modernes, construites sur la base de la représentation, évoluent vers un modèle plus représentatif au sein duquel chacun parle et participe. qui se caractérise par une démocratie non plus totalement représentative mais de plus en plus délibérative, dans laquelle tous les individus parlent et participent.
C. D’un point de vue purement rationnel, tous les individus sont incités à l’abstention et donc tous égaux peu importe leur dotation en capital économique
Tous les individus qui composent la société vivent ensemble et font des choix. Les choix de chaque individu prennent en considération les choix des autres individus, acteurs économiques et politiques. En ayant conscience de la situation dans laquelle ils sont, ils tirent profit des options choisies par les autres pour que la situation leur soit la moins couteuse tout en leur apportant un maximum de satisfaction. Ce raisonnement est celui de tout individu rationnel et « maximisateur », peu importe sa dotation en capital et sa situation spécifique. A l’image de l’homo-oeconomicus qui cherche à minimiser ses coûts et à maximiser son profit, le citoyen fait des choix réfléchis.
Cette comparaison est développée par le politologue Anthony DAWNS dans son livre théorie économique de la démocratie (1957). En comparant les choix du citoyen à ceux d’un consommateur calculant chaque action, ce théoricien met en évidence une forme d’égalité de tous les citoyens dans le fait de faire unanimement le choix de l’abstention.
D’un point de vue purement rationnel l’abstention est en effet un choix logique : c’est l’idée sous-jacente au paradoxe du vote. Le paradoxe du vote désigne ainsi le fait que chaque individu ait rationnellement intérêt à s’abstenir étant donné l’arbitrage entre les coûts du vote en termes de temps et les gains très faibles (l’impact du vote individuel sur le résultat de l’élection est très faible). Cette explication permet de comprendre une partie des 22% d’abstentionnistes lors du premier tour des dernières élections présidentielles françaises. Cependant elle n’explique pas tout le mécanisme de l’abstention.
Quels sont les autres éléments explicatifs de ce phénomène qui représente tout de même plus d’un électeur sur cinq.
Transition
Le système démocratique semble tendre vers une forte égalité des citoyens dans leur participation politique et met en place des dispositifs permettant de lutter contre les différences socioculturelles. Le principe de l’élection démocratique est de voter pour quelqu’un, c’est-à-dire de donner les rênes du pays à un seul individu ou à un groupe d’individus qui dirigeront pendant toute une période que l’on appelle un mandat, mais ce n’est pas le peuple qui gouverne : le peuple élit seulement ses représentants / dirigeants. Il apparait donc que des inégalités existent. Nous pouvons alors nous demander, comment se manifestent ces inégalités, et dans quelle mesure elles servent le bon fonctionnement du régime démocratique ?
II. L’égalité face au vote n’est pas respectée, selon la dotation en capital culturel les individus ont des comportements tout à fait inégaux en termes d’engagement politique
La démocratie est un régime qui se base sur des principes tels que l’égalité et la liberté qu’elle met en avant pour conserver une paix sociale. Seulement, en réalité une grande partie du fonctionnement de ce type de régime se caractérise par les inégalités et leur maintien. L’élection, dispositif démocratique par excellence, porte en elle-même un principe inégalitaire : l’électeur vote en effet pour celui qui est le plus apte à défendre ses intérêts. Cependant dans la société française, où les élites occupent une place importante, l’élu qui a la prétention de défendre ses électeurs doit avoir un certain nombre d’aptitudes et de capacités lui permettant de prendre la défense de sa communauté telles qu’avoir une belle plume, être un bon orateur etc.… Ainsi l’électeur et l’élu ne sont pas les mêmes types d’individus. Robert MICHELS dans Sociologie du parti dans la démocratie moderne (1911) prend l’exemple des partis socialistes allemands au début du XXème siècle. Les personnes qui occupent des postes à responsabilité tel que porte-parole ou comptable sont des individus qualifiés. C’est ce qu’on appelle la « fonction de représentation », cette fonction sera ainsi donnée à celui qui sait le mieux parler, écrire, argumenter et débattre pour représenter le groupe. Ainsi, pour défendre la position socialiste, les représentants de ce parti doivent se positionner plus haut socialement que leur base militante et se distinguer d’eux, cette relation hiérarchique est inévitable pour que le parti puisse se faire entendre.
Transition sous forme de question pour passer à la sous-partie suivante.
Dès lors, qui est plus apte ou non à participer à la politique, que ce soit en termes de vote ou d’engagement plus profond ? Quel type d’individu peut s’engager plus que les autres ?
B. Certaines personnes sont plus aptes de par leur dotation en capital culturel à s’engager politiquement
La dotation en capitaux de chaque individu détermine leurs comportements sociaux, économiques et politiques. Cette thèse est celle de Pierre BOURDIEU (1930 - 2002). En développant la théorie des trois capitaux (économique, culturel, social) dans La distinction (1979), le célèbre sociologue français éclaire de nombreux comportements qui restaient pour l’instant sans explication. Les trois capitaux s’entrecoupent constamment, c’est néanmoins le capital culturel qui est le plus important lorsque l’on s’intéresse aux comportements politiques. Ce dernier se définie triplement, d’une part le capital objectivé (tous les objets possédés qui participent à la culture de l’individu comme les tableaux, les instruments de musiques, les livres…), le capital institutionnalisé (c’est-à-dire les diplômes possédés par l’individu) et enfin le capital incorporé (il désigne la manière générale de se comporter, ce qui est acquis par l’éducation et qui constitue l’individu lui-même). Pierre BOURDIEU dérive de cette dotation en capitaux une seconde notion, celle d’ « habitus », elle permet de comprendre comment la dotation en capitaux affecte le comportement de chaque individu.
L’habitus est un terme issu de la sociologie de Bourdieu. Cette notion désigne un ensemble de dispositions communes à un groupe social. Ces manières d'être sont acquises très tôt par l'éducation et traduisent notre appartenance à une classe sociale.
La concurrence entre les différents pays dans la conquête de l’espace n’empêche pas une forme de coopération comme ce fut le cas par exemple avec la première station orbitale Mir créée en 1985 par les Soviétiques et qui associe Américains, Russes, Européens, Japonais et Canadiens.
Ramené au domaine de la politique, le choix de participer ou non aux élections résulte en fait d’une certaine dotation en capital culturel, c’est ce que Daniel GAXIE appelle le « cens caché ». Ce « cens » est nécessaire à l’individu, sans ce dernier il ne se sent pas légitime de voter, alors même qu’il en a le droit. Il est en tout point semblable au « cens économique », mais cette fois représente une barrière implicite et « cachée ». Ce frein au vote joue sur un double sentiment d’illégitimité. D’abord un sentiment personnel et subjectif de la part de l’individu non doté en capital culturel, il ne se sent pas légitime de voter car ce n’est pas une chose dans laquelle il est investi, et d’autre part un fait objectif, celui du manque de connaissance et d’expérience politique de la part de ce même individu. Ce double frein au vote de la part des individus peu dotés en capital culturel, qui se trouvent souvent être des membres de la classe populaire, confirme l’inégalité qui existe dans la société en terme d’engagement politique
C. Le cas très spécifique de l’abstention et du vote blanc : égalité dans les choix mais pas dans les motivations
Deux situations très spécifiques restent à éclaircir, c’est le cas de l’abstention (lorsque le citoyen s’inscrit sur les listes d’électeurs, mais décide délibérément de ne pas voter) et du vote blanc, qui sont tantôt des options reflétant un choix bien précis visant à faire passer un message vis-à-vis de l’offre politique et tantôt des choix faits par dépit sans motivation particulière. François HERAN propose ainsi une typologie des types d’abstention dans son article « Voter toujours, parfois … ou jamais » de 2004. Il y présente trois formes d’abstention. L’abstention de mobilité, qui est une simple contrainte technique, l’abstention stratégique et l’abstention d’exclusion. Jérémie MOUALEK, un autre sociologue de la politique, propose une explication pour les deux derniers types d’abstention en s’inspirant du triptyque « Exit », « Voice » et « Loyalty » de l’économiste allemand Albert HIRSCHMAN.
Ainsi un autre sens lié à l’abstention est donné à ces trois notions et explique le phénomène de l’abstentionnisme. Le profil d’un individu qui opterait pour l’option « Exit » est en fait un électeur qui ne se sent ni légitime ni en capacité de choisir pour un candidat et de voter. C’est l’individu peu doté en capital culturel, dans l’idéal il ne voterait pour personne et ne participerait pas au jeu politique. Seulement la pression sociale des proches (parents, amis) qui encouragent l’individu à aller voter tout en relevant l’importance de cette action parvient à faire voter l’individu, qui ne sachant pas quoi mettre dans l’urne décide de voter blanc. C’est un vote par dépit, un vote subit. La situation de « Loyalty », au contraire, représente le cas où l’individu décide délibérément de ne pas voter car il ne trouve pas dans l’offre politique des propositions qui lui conviennent et correspondent à ses normes et valeurs. Ce profil d’électeur se caractérise par une forte dotation en capital culturel et une expérience politique régulière. Ils se sentent ainsi légitimes de refuser l’offre politique qu’on leur propose.
Une fois de plus les phénomènes d’abstention et de vote blanc nous confirment que la participation politique n’est pas égale et varie en fonction des individus et de leur dotation en capital culturel.
Transition
Ainsi, le système démocratique n’est pas un système totalement égalitaire, il est nécessaire de conserver des inégalités pour permettre au régime de fonctionner, notamment en élisant des dirigeants plus compétents que la moyenne. De plus, à l’échelle des électeurs, les inégalités en termes d’engagement politique sont aussi importantes et c’est la dotation en capital culturel notamment qui permet d’en comprendre les raisons. Enfin, l’inégalité de la démocratie se prolonge même dans le phénomène de l’abstentionnisme puisque l’on pourrait faire la dichotomie entre l’abstention voulue et l’abstention subie.
Petite série de question pour annoncer la troisième partie.
Mais ce cas spécifique mis à part, dans le choix des électeurs n’y a-t-il pas des tendances qui se dégagent ? Des inégalités qui persistent dans le choix même parmi l’offre politique ? Qu’est ce qui expliquerait alors ces inégalités ?
III. L’inégalité en termes d’engagement politique est une tendance qui se confirme dans le choix des électeurs et qui passe par le capital économique et social en plus du capital culturel
A. L’importance des variables classiques socio-économiques classiques pour comprendre le choix politique de chacun
Plusieurs éléments sont à prendre en compte pour comprendre l’engagement politique d’un individu et la culture n’est pas la seule variable dont les sociologues doivent tenir compte. De manière assez classique, la société est un espace de vie relativement inégalitaire et donc les individus qui y habitent ont des caractéristiques différentes, que ce soit en termes de sexe (homme, femme) en terme d’âge (jeune, âgé …), en termes de niveau de diplôme (élevé, faible), en termes de statut professionnel (indépendant, ouvrier, employé, salarié…) ou même en termes de zone géographique d’habitation (Nord, Sud, zone industrielle, ville, milieu rural …). Toutes ces caractéristiques déterminent, plus ou moins fortement, l’engagement politique de chacun. Afin de donner les grandes tendances, les femmes ont un vote plus conservateur et ont plus tendance à voter pour les extrêmes que les hommes, on peut parler du « gender gap » appliqué à la politique. Les plus jeunes sont plus libéraux, les moins diplômés votent peu et ne s’inscrivent parfois jamais. Au niveau des professions, qui sont souvent accompagnés d’une certaine position sociale, les tendances sont plus précises. Les actifs indépendants votent plus souvent centre droite, quant à la PCS des ouvriers, elle vote plutôt à gauche.
Bien sur chacune de ces données sont liées aux préférences de chacun. Pour le cas de la zone géographique d’habitation, il est possible de donner plus de précisions. André SIEGFRIED dans Tableau politique de la France et de l’Ouest sous la IIIème République (1917) explique sociologiquement le fait que les habitants des zones calcaires votaient plus souvent à gauche tandis que les personnes résidant dans des zones dont la roche était du granite votaient majoritairement à droite. Si l’on analyse ce constat à travers le prisme social on constate que les zones calcaires étaient des zones où le système dominant était le système de fermage et où régnaient de petites exploitations suivant un principe d’entraide collective. Une relation égalitaire et altruiste était née entre les paysans, tout cela correspondant à des principes et des valeurs de gauche.
Les différentes variables peuvent ainsi être explicitées de la sorte afin de mettre en évidence la raison pour laquelle telle variable implique tel vote.
B. L’importance des caractéristiques sociales personnelles de l’individu dans le choix qu’il fait dans l’offre politique
Les caractéristiques sociales de chacun influencent son comportement et donc son choix parmi l’offre politique proposée, et ce, non pas à l’échelle de grandes tendances sociales en fonction de l’âge ou du sexe, mais plus précisément en fonction de l’individu lui-même et de ses caractéristiques propres. Le « Paradigme de Columbia », est un modèle développé par Paul LAZARSFELD dans The people’s choice (1944), il énonce le principe suivant : « Une personne vote politiquement comme elle est socialement ». Le vote est comme déterminé par les caractéristiques sociales individuelles et l’intention de vote, la liberté dans le vote de l’individu serait en fait écrasée sous ce déterminisme.
Paul LAZARSFELD prend l’exemple de l’élection américain de 1944 lors de laquelle s’affrontait Franklin Delano Roosevelt (candidat démocrate) et Thomas Dewey (candidat républicain). Selon l’étude menée par le sociologue, la majorité des votants avaient déjà fait leur choix avant même que les campagnes électorales aient commencé. Ainsi le vote ne se base pas sur un choix fait parmi une offre qui est exposée lors des campagnes, mais il est déterminé par l’environnement social dans lequel l’individu est plongé, par sa situation sociale, par son origine sociale et par sa confession. Statistiquement, les électeurs aisés, ruraux et protestants votaient républicains, et les électeurs pauvres, urbains et catholiques votaient démocrates. L’étude menée lors de ces élections met en évidence que les caractéristiques sociales jouent, à la fois de manière collective et individuelle.
C. L’importance de l’éducation et de la socialisation dans le choix que l’individu fait parmi l’offre politique
Une dernière manière d’expliquer l’engagement politique dans un parti particulier ou pour une cause particulière est de voir la participation politique de l’individu comme le résultat logique d’un comportement dicté par une éducation particulière. Le processus de socialisation est central ici. La socialisation se définit comme le processus par lequel un apprentissage de normes et de valeurs se réalise permettant aux individus de correspondre aux rôles sociaux liés à leurs statuts sociaux et de permettre l’intégration et la cohésion sociale. Dès lors, puisqu’il s’agit d’un apprentissage politique nous pouvons parler de socialisation politique. Annick PERCHERON dans L’univers politique des enfants (1974) décide ainsi d’étudier le rôle des principaux acteurs de la socialisation tels que la famille dans l’éducation politique des enfants. Elle en déduit qu’il existe une modalité sociale selon laquelle les activités pratiquées par l’enfant lui permettent d’avoir une attitude et des connaissances des règles du jeu qui structurent son comportement et lui permet de se situer politiquement. Ainsi, avoir été scout a un effet sur la maturité de l’enfant mais aussi sur son rapport à l’autorité, c’est l’aspect social de cet apprentissage. Mais ce que qualifie Annick PERCHERON de modalité politique concerne directement le domaine de la politique. L’enfant, durant sa socialisation, apprend (ou n’apprend pas, en fonction de la présence du sujet de la politique dans les discussions) à réagir et comprendre ce dont parlent les adultes. Ainsi un fils de cadre supérieur, milieu dans lequel l’engagement politique et l’usage de la parole sont respectivement fort et fréquent, aura plus l’occasion d’entendre ses parents parler du clivage droite/gauche que le fils d’ouvrier dont les parents parlent en général moins de sujet politique.
Bilan
Au fil de ce développement nous nous sommes rendu compte que la démocratie n’était pas le régime qui fonctionnait selon un respect strict de l’égalité de chaque citoyen. Même si elle veut en donner l’illusion en proposant un suffrage universel, un droit de prise de parole égal pour tous et une égalité de droit, il n’en reste pas moins que la démocratie fonctionne selon une logique inégalitaire. Cette logique, bien qu’inégalitaire permet de maintenir un certain ordre dans la société en donnant le pouvoir à ceux qui sont le plus en capacité de gouverner suivant une distinction en terme de capital culturel notamment. Enfin, l’inégalité que l’on retrouve dans la démocratie est aussi une inégalité en termes de choix politiques, dans le sens où les choix politiques sont déterminés par les caractéristiques personnelles et individuelles de chacun mais aussi par la socialisation propre à chacun, sans oublier les grandes tendances qui semblent déterminer les individus à l’avance.
Ouverture
Au vu du développement des NTIC et de l’avènement des réseaux sociaux où les informations fusent en grand nombre, ne serait-il pas devenu plus accessible et plus répandu de s’engager politiquement ? Le vote aux États-Unis lors élections présidentielle 2020 s’est fait à distance, ce dispositif relativement nouveaux, permet encore plus d’anonymat, aucune pression sociale tout en étant accessible à tous.
2e partie du Grand Oral :
approfondir, reformuler, répondre à une objection (10 min)
Les questions du jury et les réponses apportées sont des suggestions. Nous te conseillons de t’inspirer de la démarche et de la méthode pour le jour J, il n’est pas intéressant de les apprendre par cœur. En ce qui concerne les questions portant sur le projet d’études et professionnel, réfléchis-y en amont, tu auras forcément une question dessus !
Vous avez bien compris que la notion de « cens » pouvait s’appliquer au domaine économique mais aussi culturel. Y aurait-il d’autres domaines auxquels cette notion pourrait s’appliquer ?
Oui, on pourrait imaginer un cens social. Initialement, le cens est un impôt qui marche dans les deux sens, l’électeur doit payer pour voter et l’élu doit aussi payer pour pouvoir se présenter.
Aujourd’hui ce cens économique a disparu, et on peut trouver une nouvelle forme de cens, le cens culturel, l’électeur doit avoir une certaine dotation en capital culturel pour se sentir légitime de voter et l’élu doit avoir aussi cette dotation en capital culturel pour être légitime de se présenter et pour bien représenter le groupe.
Si l’on revient au cens économique, les élus devaient donc également pour payer pour pouvoir se présenter. Sous cet angle-là, il existe aujourd’hui dans notre société un « cens social » puisque pour se présenter aux élections présidentielles un candidat doit avoir récolter 500 signatures de maires, or ces signatures proviennent de soutiens ou de proches, ce qui représente purement et simplement du capital social au sens de Bourdieu. Seuls ceux qui en ont assez peuvent se présenter.
Pouvez-vous rapidement définir ce capital social dont vous parlez ?
Bien sûr, le capital social est l’ensemble des ressources rendues accessibles par un réseau social, par un réseau de connaissances, plus vulgairement, par le « carnet d’adresses ».
Dans votre ouverture vous parlez du vote à distance et de la manière dont cela faciliterait l’égalité, mais ne voyez-vous pas une autre inégalité qui se crée par le vote à distance ?
Si, j’en vois une. Je pense que tout le monde n’a pas accès à un appareil numérique tel qu’un ordinateur. Le risque serait de retrouver un cens économique en essayant de supprimer le cens culturel et la pression sociale.
3e partie du Grand Oral :
Projet d’étude et avenir professionnel (5 min)
Vous parlez de l’engagement politique des Français, qu’en est-il du vôtre ? Vous pensez-vous légitime de voter aux futures élections présidentielles. Quand auront-elles lieu d’ailleurs ?
Les présidentielles auront lieux en 2022. Pour ce qui est de ma participation, je ne me pense pas encore assez renseigner sur les différents projets proposés par les candidats pour voter, j’aurais trop peur de regretter mon vote. Aussi je pense que je voterai blanc, parce que l’appareil démocratique qu’est le vote me parait fondamental et je veux le soutenir en allant voter.
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre projet professionnel / d’études ? En quoi peut-il être mis en lien avec les aspects géopolitiques actuels ?
Nous te conseillons de réfléchir à une réponse à ce type de questions, tu en auras forcément une !